Entre hommes !

 

Si l’on regarde de près les familles soutenues par le Petit vélo jaune depuis maintenant 4 ans, rares sont les familles monoparentales où c’est un homme qui a la charge des enfants. Dans la très grande majorité des cas, une femme élève seule un ou plusieurs enfants. Et si l’on se penche sur le genre des bénévoles, c’est pareil : extrêmement rares sont les coéquipiers masculins au Petit vélo jaune. Le binôme qui lie Guy Dubois et Jacques (prénom d’emprunt) est donc particulièrement singulier : un coéquipier qui accompagne un homme…

Actuellement en période sabbatique, Guy combine plusieurs bénévolats, notamment à la ligue braille où il enregistre des livres pour les aveugles. Il est aussi coéquipier au Petit vélo jaune depuis plus d’un an et comme de nombreux bénévoles, il a découvert l’association via la plate-forme du volontariat sur internet. « Je ne connaissais pas le Petit vélo jaune mais j’ai de suite considéré son action, à savoir accompagner simplement des gens, comme formidable ».

Un binôme masculin

Guy précise de suite qu’il n’était toutefois pas très chaud à accompagner une femme : « je me voyais mal rendre visite à une femme seule avec ses enfants pendant que son mari ou compagnon est au travail ou à l’extérieur ». Par chance, parmi les demandes d’accompagnement, il y avait un homme, Jacques, qui s’occupait seul de ses 4 enfants. Une rencontre entre les deux hommes est organisée, avec une responsable du Petit vélo jaune. « Lorsque l’on s’est vu la première fois, on s’est regardé un long moment. Comme Jacques est quelqu’un de direct, il m’a dit que pour lui c’était bon, que l’accompagnement pouvait débuter. J’ai demandé moi un petit temps de réflexion, de se revoir. En réalité, bien que je ne le connaisse pas, j’étais très sensible de voir un père de famille élever seul ses enfants, tentant de se débrouiller au mieux pour eux, malgré les nombreuses difficultés qu’il rencontrait. » De commun accord, Guy et Jacques décident donc de se rencontrer une fois par semaine, pendant une heure, de former un binôme Petit vélo jaune.

Selon Guy, Jacques avait essentiellement besoin de quelqu’un qui l’accompagne pour arranger ses problèmes de vie, pour régler son quotidien. « C’est un homme qui vit dans des conditions sociales assez délicates, qui n’a pas de formation et présente notamment des difficultés pour lire et écrire. Il est très compétent de ses mains et a travaillé un temps comme agent communal, à entretenir les parcs et jardins. Mais il a perdu cet emploi et vit aujourd’hui du chômage et des allocations familiales. Il voudrait retravailler mais encore faut-il qu’il puisse trouver quelque chose en accord avec les horaires d’écoles et ça c’est pas gagné. » Car Jacques a seul la charge de ses 4 enfants encore en bas-âge (le plus âgé à 7 ans aujourd’hui). Leur mère est partie et le juge a refusé la garde alternée. Jacques peut heureusement compter sur l’aide de sa fille de 18 ans, née d’une première union.

Evacuer la détresse

« Ses enfants sont ce qu’il a de plus précieux et il se plie en quatre chaque jour pour eux. Moi je l’admire, je ne suis pas certain que je serais capable moi d’éduquer seul 4 enfants si jeunes… J’ai très rapidement perçu sa solitude, sa détresse, et dès le début j’ai eu le sentiment que j’avais face à moi un homme qui avait surtout besoin de parler. » Et c’est ce que Guy et Jacques font depuis la première rencontre : parler, discuter. Guy l’accompagne notamment lors de ces séances de psychomotricité que le juge a ordonné pour ses enfants. « Le simple fait de passer une heure ensemble à parler autour d’un café en attendant les enfants lui faisait énormément de bien, cela lui permettait d’évacuer toute cette détresse. »

Partager chaque semaine une heure du quotidien de Jacques a permis aussi à Guy d’évaluer ensemble patiemment ses besoins. Un simple besoin d’écoute certes, mais aussi un besoin de conseils, que ce soit pour organiser sa semaine, remplir ses obligations administratives, adoucir une relation tendue avec son propriétaire. Mais aussi l’aiguiller vers d’autres personnes ressources. « Je l’ai notamment dirigé vers une personne de confiance au CPAS, Philippe. Celui-ci l’a aidé à changer de fournisseur d’électricité, à passer par une médiation de dette ou encore à régler différents soucis de factures. » Et puis des besoins purement matériels aussi, puisque le Petit vélo jaune a pu lui fournir une nouvelle garde-robe et remplacer son frigo défectueux. « Tout ceci soulage considérablement son quotidien », insiste Guy.

Aujourd’hui l’accompagnement est terminé, mais comme c’est le cas dans la plupart des binômes du Petit vélo jaune, Guy et Jacques se voient encore de temps à autres. « Il va bien à présent, je suis rassuré, et il sait qu’il peut m’appeler à tous moments. »

Maillon de la chaîne

Guy est convaincu que cet accompagnement lui a fait un bien fou, que Jacques en avait réellement besoin. Mais il se veut modeste : « Je ne suis pas le seul acteur de son mieux être. Il y a eu l’association Le Bataclan avant moi, à présent cette personne du CPAS, la médiation de dette, et sa fille plus âgée bien entendu aussi. C’est donc un ensemble d’éléments qui ont fait que Jacques se sente bien aujourd’hui. Au sein de ce réseau, disons que moi j’ai le sentiment d’être la personne qui apaise, qui rassure. Car je suis en première ligne. »

Et avec le recul, son avis sur le Petit vélo jaune ? « Il a toute sa raison d’être. Pendant un peu plus d’un an, j’ai été témoin que le Petit vélo jaune est arrivé à relever quelqu’un ! Et puis il ne faut pas oublier que derrière moi il y avait toute une organisation, des responsables, qui ont été un réel soutien pour Jacques. Et je sais qu’elles le resteront. »