Laura, coéquipière

 « C’est que j’aime ça, moi, de créer un lien !»

Laura a les pommettes rouges, souvenir de la veille au festival de Dour. « Le soleil et moi c’est pas top » pose-t-elle d’emblée. Avocate à Bruxelles, cette Française de 28 ans a débarqué en Belgique il y a 4 ans, direction Liège pour clôturer ses études. Dès son arrivée dans la capitale, elle s’est de suite mise en recherche d’une association où offrir un peu de son temps. « J’ai toujours été investie dans l’associatif. Durant mes études de droit à Dijon, j’accompagnais par exemple des enfants autistes. Il faut dire que je suis particulièrement sensible à la petite enfance et forcément, le projet du Petit vélo jaune m’a de suite parlé. »

C’est en consultant la plate-forme de volontariat sur le net que Laura est tombée sur le Petit vélo jaune, ce qui l’amené à visiter son site web. « Je dois dire que que je savais pas du tout ce que le soutien à la parentalité signifiait réellement. Mais j’ai lu protection de l’enfance, femmes isolées, des sujets qui me touchent, et puis surtout prévention, ça c’est important. Comme en plus l’idée était d’aller dans les familles, sur du long terme, et donc vivre une vraie expérience humaine, j’ai contacté les coordinatrices. »

Suite à une rencontre avec Isabelle et Vinciane, Laura est convaincue qu’elle veut s’investir avec le Petit vélo jaune. Son premier accompagnement ne débutera cependant que plusieurs mois plus tard, le temps de trouver une famille adéquate « Je travaille à temps plein comme avocate et je ne peux être disponible que le week-end ou en soirée. Cela ne correspond pas forcément à toutes les familles. »

 

Une démarche positive

Fin de l’été 2016, accompagnée d’Isabelle du Petit vélo jaune, Laura fait la connaissance de Fatou, une jeune femme sénégalaise qui, un peu du jour au lendemain, s’est retrouvée seule avec ses deux filles, dont la plus jeune n’a que 3 semaines. « C’est un peu spécial, tu rentres chez les gens, on se présente, on parle du projet du Petit vélo jaune, … Mais bon, il ne faut pas oublier que c’est une démarche positive, tant les familles que les bénévoles sont en demande de cet accompagnement, il n’y a aucune obligation, aucune contrainte. Et puis ce sont pour la plupart des gens qui sont amené à côtoyer régulièrement des assistantes sociales, des CPAS, avec toute la symbolique institutionnelle que cela peut représenter. Alors que nous, en tant que bénévoles, on est juste là pour les accompagner un temps, telle une copine, une confidente, en toute simplicité. C’est la réelle plus-value du Petit vélo jaune. »

Laura se rend une fois par semaine chez Fatou. Parfois juste une heure en soirée après son travail, parfois une pleine après-midi durant le week-end. Compte tenu de la situation de Fatou, Laura l’aide dans son déménagement et dans toutes les démarches administratives pour entamer une procédure de divorce. « Mais surtout on discute, on fait des jeux avec les enfants, on laisse la confiance et la complicité s’installer. C’est pour cela que c’est important d’installer une régularité, surtout au début : il est évident que si on se voit chaque semaine, un lien est plus rapidement établi. D’autant qu’au début, je crois que Fatou avait surtout besoin que je sois présente. » Les quatre font des sorties activités aussi, des activités. « Comme le Petit vélo jaune participe à une excursion par an, je les ai emmenées à Pari Daiza, le jour de l’anniversaire de Fatou. C’était génial ! »

Un suivi régulier

Le suivi avec l’équipe du Petit vélo jaune est bien entendu tout aussi régulier. Laura est fréquemment en contact avec Isabelle, sa référente dans cet accompagnement. « Et puis il y a les réunions avec l’équipe du Petit vélo jaune et les autres coéquipiers, l’occasion de faire part des problématiques que l’on rencontre, des limites à notre action, etc. »

Aujourd’hui, un an plus tard, l’accompagnement est officiellement terminé. « En commun accord avec Isabelle, on a décidé qu’il n’était plus nécessaire de poursuivre l’accompagnement. Fatou va mieux, elle est installée, elle a trouvé une personne pour la garde de la plus petite, le tribunal a rendu son jugement concernant la garde des enfants, etc. Tout roule quoi. C’est clair que c’est un peu singulier de mettre fin à un accompagnement mais quand tu vois que la personne se stabilise dans sa situation, que les choses ont évolué positivement, la famille n’a plus vraiment besoin de toi, en tous cas du Petit vélo jaune. De toi en tant que personne peut-être. D’ailleurs, désormais je vais continuer à la voir mais sans aucune contrainte, comme une copine. »

Continuer, bien sûr !

Fatou est retournée au Sénégal pour les vacances mais Laura sait déjà qu’elles se reverront très bientôt. En attendant, elle débute dans quelques jours un nouvel accompagnement, cette fois-ci avec une femme isolée d’origine marocaine, qui a deux petits garçons, et dont le plus jeune est particulièrement agité. « Il était évident que cet accompagnement terminé j’allais m’engager dans un autre. Je trouve cela très enrichissant de rentrer dans l’intimité des gens, de créer un lien et de sortir de là en te disant j’ai pu apporter quelque chose à la famille. C’est que j’aime ça, moi, de créer un lien avec la personne que j’aide ! »