une réunion de coéquipiers

Wavre, la salle Columban, un espace de cultures… C’est dans ce lieu en bordure des champs que les coéquipiers du Petit vélo jaune se sont une nouvelle fois donné rendez-vous. Ces soirées de rencontre, qui ont lieux 5 fois par an, se veulent un espace de parole et de partage, l’occasion pour chacun de raconter son accompagnement, de faire part de ses satisfactions ou difficultés, de poser des questions. Des membres de l’équipe du Petit vélo jaune et un intervenant extérieur compétent sont présents pour encadrer ces échanges. Une autre réunion de coéquipiers a lieu en parallèle, à Bruxelles.

Il est un peu passé 19h, seul un coéquipier est déjà sur les lieux, patiemment attablé à la terrasse ensoleillée qui jouxte la salle de réunion, au rez-de-chaussée du bâtiment. Le rendez-vous est fixé à la demie mais tout le monde est bienvenu plus tôt, d’autant qu’il faut préparer la rencontre. Certes, pas grand chose, ces soirées entre coéquipiers se veulent avant tout conviviales et informelles. Quelques sandwiches, des boissons, des livres et jeux étalés sur les tables que pourront emprunter les coéquipiers.

Coéquipiers, au masculin puisque selon la grammaire française « le masculin l’emporte sur le féminin». Pourtant, au fil des arrivées, elles ne sont que des femmes à gagner la salle. Notre coéquipier en avance restera le seul représentant de la gente masculine. Il faut dire qu’ils ne sont encore que 4 parmi les quelques 50 coéquipiers qui ont rejoint le Petit vélo jaune depuis ses débuts, en 2013. Une réticence qui s’explique peut-être par le fait que la grande majorité des familles accompagnées sont monoparentales. Trop souvent les pères font défaut…

Le temps que tout le monde arrive, certaines discutent autour d’un verre, d’autres feuillettent la littérature enfantine. Puis tous vont s’assoir en cercle dans un coin de la salle. Ce soir c’est Reine Vander Linden qui anime la rencontre. Psychologue, elle est là pour apporter son expérience et son oeil avisé. « J’aurais aimé commencer cette rencontre par la visualisation du film Bébé mais il nous aurait fallu une soirée beaucoup plus longue ». Ce film de Thomas Balmès raconte une année dans la vie de 4 bébés, du jour de leur naissance à leurs premiers pas, dans quatre pays différents (Namibie, Mongolie, Japon et USA). La thématique principale de la soirée est lancée : le coéquipier confronté à une famille d’une toute autre culture ou qui a des habitudes distinctes. Comment s’adapter ? Comment ne pas perturber ? Comment ne pas porter un jugement ? Comment réagir face à des pratiques d’éducation parfois complètement différentes ? Que dire et que faire ?

« On entame une relation avec une famille avec bien sûr un projet, tenter d’apporter des réponses là où ça coince, mais ce n’est pas toujours facile d’aborder tous les sujets ou de trouver l’angle le plus adéquat », précise Vinciane Gautier, coordinatrice du Petit vélo jaune. Et d’inviter chacun et chacunes à faire part de leur propre expérience. Car toutes les coéquipières et le coéquipier présents sont régulièrement confrontés à ces difficultés. Surtout que tous partagent de réels moments de vie avec les familles qu’ils accompagnement, se rendant hebdomadairement chez eux, au sein de leur cocon familial, de leur bagage culturel, de leur mode de vie parfois singulier.

Et de fait, les témoignages sont nombreux, les échanges d’expériences se répercutent. On parle d’emploi du temps, d’alimentation, de relations des enfants avec le sexe opposé à l’école, d’hygiène, de comportements dangereux, de violences familiales, de ruptures dans le couple, de découragements, de perte de confiance en soi, etc. Des coéquipiers racontent alors leurs moments de doute, ces instants où ils ne savent pas forcément comment s’y prendre, où ils se demandent s’il faut être d’accord ou pas, et s’il faut ou non intervenir, conseiller. Et puis surtout comment faire pour que cela soit « entendable » et compris par la famille, pour ne pas ébrécher le lien de confiance qui s’est instauré petit à petit. Pour ne pas ternir cette rencontre avant tout humaine.

Une coéquipière insiste aussi sur le fait que ces incompréhensions vont parfois dans l’autre sens : une anecdote personnelle qu’elle raconte spontanément lors d’une de ses visites peut sembler complètement incongrue pour la maman qu’elle accompagne, et semer un instant de malaise. Là aussi, comment rattraper le coup ? Faut-il tenter d’expliquer ou au contraire laisser filer ?

Si d’autres coéquipiers apportent leurs propres expériences comme ébauches de solution, Reine Vander Linden et l’équipe du Petit vélo jaune suggèrent des réponses bien ciblées, des conseils qui ont fait leurs preuves. Mais aussi des « trucs » qu’il est facile de mettre en place. Par exemple mettre de la légèreté dans ses propos, de l’étonnement, se servir de l’humour pour décanter une situation délicate, montrer son ouverture d’esprit. Et puis bien entendu faire preuve de délicatesse, de respect pour l’autre.

« Au Petit vélo jaune, notre rôle est de ne pas perturber la famille que l’on accompagne », insiste Reine Vander Linden. Et de prôner au contraire de toujours veiller à valoriser une mère ou un père dans sa relation avec ses enfants, et ce même si on est pas en accord avec certaines situations. « Mais il faut en parler, toujours, même s’il est parfois difficile de mettre des mots sur ses émotions ».

L’équipe du Petit vélo jaune se veut rassurante aussi. Elle rappelle que tout coéquipier a le droit d’avoir des maladresses. D’autant qu’un coéquipier à sa vie à lui, son quotidien, ses soucis, et qu’il est des périodes où il n’est pas toujours évident de se trouver confronté aux problèmes des autres.

D’autres témoignages, d’autres coéquipières prennent la parole. D’autres tranches de vie.

22h15, la réunion dans la salle Columban se termine doucement. Mais encore un verre, encore des échanges, en plus petits groupes. Etre coéquipier au Petit vélo jaune, cela crée des liens…